le 15 mars 2010
La baie Sainte-Marguerite sur la rivière Saguenay, à 25 km de Tadoussac, est un endroit de rêve pour tous les amoureux de la nature. En plus des attraits du paysage, dominé par un imposant fjord, on trouve ici chaque été une partie de la population de bélugas. Cette espèce de cétacé, dont l’aire de répartition couvre une bonne partie de l’estuaire du Saint-Laurent, s’y regroupe à l’été pour s’alimenter, socialiser et élever ses baleineaux. Au fil de ses déplacements dans l’estuaire, le béluga choisit cet endroit pour profiter des plaisirs de l’été.

Cette baie fait partie du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, une aire protégée établie en grande partie pour assurer la sauvegarde du béluga. C’est la première aire protégée du genre au Canada – un parc entièrement aquatique et voué à la protection d’un habitat exclusivement marin. La population de bélugas du Saint-Laurent est en effet considérée comme menacée et ne compterait qu’environ 1000 bêtes. La chasse intensive pratiquée jusqu’au milieu du 20e siècle est la principale cause du déclin de la population, qui comptait autrefois jusqu’à 10 000 bélugas. De nos jours, la pollution, les collisions avec les navires, la perte d’habitats et les dérangements sont les principaux facteurs pouvant nuire à son rétablissement.

Le parc marin, qui protège une partie de l’estuaire du Saint-Laurent et du fjord du Saguenay, attire également d’autres sortes de visiteurs sous forme d’embarcations de tous genres : kayaks, chaloupes de pêcheurs sportifs, bateaux de croisière, voiliers, navires commerciaux. Toute cette activité a peut-être une incidence sur notre population. L’été, les bélugas passent beaucoup de temps avec leurs petits à la baie Sainte-Marguerite. Les mères leur apprennent par exemple à se nourrir et à chasser en groupe. Les responsables du parc marin ont donc formé un comité local qui regroupe les divers utilisateurs et intervenants concernés pour concilier l’utilisation de la baie Sainte-Marguerite par le béluga et les embarcations. Ils ont également mis sur pied un programme de recherche pour étudier le comportement des bélugas dans le but de mieux les comprendre et d’améliorer leur sort. Ce travail a suscité une réelle collaboration de la part de tous les intervenants qui a permis de faire avancer les choses
Le travail de recherche se poursuit depuis six ans et consiste à effectuer une surveillance étroite des activités des baleines depuis un poste d’observation terrestre. Muni de jumelles, l’observateur consigne par écrit à intervalles réguliers les faits et gestes des bélugas (alimentation, repos, socialisation, reproduction, élevage) et les groupes d’âge représentés (adultes, jeunes, âges mixtes). Il note également la présence d’embarcations sur l’eau et les positions des uns et des autres. D’autres espèces de mammifères marins comme le petit rorqual, le phoque commun et le phoque gris ont aussi été vues à l’occasion.

D’ores et déjà, des mesures ont été prises par précaution pour limiter le dérangement causé aux mammifères marins par la circulation maritime. En effet, le règlement limite la distance d’approche des embarcations à 400 m en présence d’une espèce de mammifère marin en péril, comme le béluga. On va bientôt interdire l’accès à la baie par les bateaux de plaisance mais ouvrir un petit corridor marin pour les kayakistes tout en respectant la zone privilégiée par les bélugas. Le comité d’utilisateurs s’occupe également de sensibiliser les visiteurs à la situation du béluga et les incite à venir observer les baleines à partir du belvédère terrestre prévu à cet usage. La participation du public est jugée essentielle à la protection d’espèces en péril comme le béluga. Toutes ces mesures serviront à préserver la quiétude des baleines. De plus, des chercheurs étudient présentement la mye, une source potentielle de nourriture et aussi un bon indicateur de la présence de contaminants dans l’eau. Les résultats de toutes ces observations serviront à mieux comprendre cette population vulnérable et lui réserver un accueil convenable chaque été au moment où le troupeau remonte majestueusement le fjord du Saguenay.