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Patrimoine, guidage et grizzlis
Raquel Cli-Michaud
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Raquel Cli-Michaud
© Weaver, John |
Je m'appelle Raquel Cli-Michaud et je suis une Esclave du sud, membre d'une bande des Premières nations Å?iidlįį Kue. Å?iidlįį Kue est le nom donné à Fort Simpson dans la langue des Esclaves du sud. C'est un mot qui signifie « là où se rejoignent les deux cours d'eau ». Et ces deux cours d'eau sont le Deh Cho, c'est-à-dire le fleuve Mackenzie, et la Nácáhdeh, qui est la rivière Liard.
Qu'avez-vous fait dans la réserve de parc national Nahanni?
J'y ai travaillé l'été, de 2000 à 2003, quand j'étais étudiante. Mes tâches étaient variées : j'ai guidé des randonneurs vers la magnifique chute Virginia en faisant de l'interprétation. J'ai animé des feux de camp thématiques et expliqué aux visiteurs comment les Dénés utilisaient le parc et le bassin fluvial. J'ai été apprenti guide sur la rivière Nahanni. Et j'ai même participé à des travaux de recherche sur les grizzlis.
Qu'avez-vous fait, le premier été?
À l'été 2000, j'ai été l'une des premières, parmi les étudiants engagés, à camper près de la chute Virginia (qui se dit Náįlįcho dans la langue des Esclaves du sud). J'ai animé des feux de camp thématiques à l'intention des usagers de la rivière et conduit des randonnées d'interprétation à la chute. Les autorités de Parcs Canada avaient décidé qu'il était important de poster quelqu'un à la chute Virginia, le seul endroit du parc où convergent tous les visiteurs, qu'ils fassent du canoë ou de la randonné ou qu'ils descendent tout juste d'avion pour voir cette chute unique et magnifique. C'est aussi l'endroit idéal pour une rencontre entre les visiteurs et de jeunes Dénés qui leur expliquent l'usage que faisaient leurs ancêtres du parc et du bassin fluvial. J'ai organisé deux feux de camp thématiques pour divertir les visiteurs le soir. J'avais pris pour thèmes ma famille et la culture dénée. En faisant des recherches pour me préparer, j'ai beaucoup appris sur l'histoire de ma famille et sur ses voyages dans ce qui est maintenant le parc.
Comment êtes-vous devenue guide?
Au cours du premier été, j'ai fait la connaissance de Wendy Grater, qui possède et exploite la compagnie Black Feather Wilderness Adventure. Wendy accompagnait le personnel du parc sur la rivière Nahanni pour l'entraînement aux manœvres en canoë et aux techniques de sauvetage. L'année suivante, elle m'a demandé si je voulais être apprentie guide sur la rivière pour sa compagnie. J'ai accepté et j'y ai passé l'été 2001. C'était une excellente occasion d'en apprendre davantage sur la rivière Nahanni. Sans compter que je suis devenue habile en canoë et que j'ai pu développer les compétences de guide que j'avais acquises au Mount Royal College, d'où je suis sortie avec un diplôme en éducation physique et activités de plein air en 2001.
Quelle a été votre participation à la recherche sur les grizzlis?
À l'été 2002, j'ai été de nouveau engagée par la réserve de parc national Nahanni, mais cette fois, comme patrouilleuse. Grâce à ce nouveau poste, j'ai appris beaucoup sur Rabbitkettle et le tuf calcaire (Gahnįhthah dans la langue des Esclaves du sud). C'était aussi la première année de recherche sur la distribution du grizzli et j'ai eu la chance d'y participer. Au début de l'été, j'ai posé du fil barbelé autour de quelques arbres le long du sentier de randonnée sur le tuf pour que nous puissions recueillir ensuite des poils des grizzlis qui s'y frotteraient. (Ne vous en faites pas, les ours ont la peau très épaisse et ne se blessent pas sur les barbelés.) Grâce à l'ADN des poils, nous avons pu déterminer le sexe, l'âge, le régime alimentaire et les relations familiales des ours qui rôdent dans la région, ainsi que leur nombre. Nous avons aussi recueilli des poils à l'extérieur du parc, en juin et juillet, pour voir si les ours du parc vont à l'extérieur. Quand un ours sort du parc, nous ne pouvons plus le protéger... C'est une des raisons pour lesquelles il est question d'agrandir le territoire du parc. L'expansion aiderait à préserver l'importance naturelle et culturelle de la région au profit des générations à venir. Et les animaux vulnérables comme le grizzli y gagnerait une aire de distribution durable. Ma participation à l'étude m'a appris beaucoup sur les grizzlis et j'ai pu mettre ces savoirs en pratique à l'école.
Qu'avez-vous fait à l'été 2003?
En 2003, Parcs Canada m'a confié le même travail qu'au mon premier été. Grâce à l'expérience que j'avais acquise dans la réserve de parc national Nahanni, toutefois, on m'a laissé plus d'autonomie et j'ai pu emmener quelques amis comme bénévoles. J'ai pratiquement passé l'été à la chute Virginia. J'y travaillais dix jours de suite, puis j'allais en ville quatre jours et je retournais à la chute.
Qu'est-ce que vous avez aimé de votre travail dans la réserve de parc national Nahanni?
Comme j'ai grandi dans la culture dénée, j'ai toujours eu beaucoup de respect pour la nature. Le parc est devenu pour moi un lieu idéal, où mes inquiétudes et mes préoccupations s'évaporent. J'y réalise que la vie, c'est beaucoup plus qu'on pense. Quand je suis dans l'arrière-pays, j'ai tout autour de moi des endroits que la plupart des gens ne peuvent qu'imaginer. J'ai peine à croire que je suis là. La réserve de parc national Nahanni est pratiquement devenue ma deuxième maison. J'apprécie ce que j'ai et ce que j'ai pu faire. Je considère que c'est une grande chance d'avoir passé quatre étés magnifiques dans le parc et d'avoir fait connaître aux gens l'importance culturelle et historique de ce lieu, que ma famille fréquentait bien avant qu'il ne devienne parc et qu'elle chérit d'ailleurs encore aujourd'hui.
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