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Les défis des parcs : enjeu et intervenants

Étude de cas 2 : L’orignal et ses gros sabots dans le parc national du Canada du Gros-Morne

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Contenu
1. L’enjeu en bref
2. Les lieux
3. L’enjeu en détail (orignal, récolte du bois et observations)
4. Les intervenants
5. Renseignements supplémentaires

1. L’enjeu en bref
L’augmentation considérable de la population d’orignal, une espèce non indigène, menace l’intégrité écologique du parc national du Gros-Morne. En effet, l’orignal réduit la diversité et la quantité des végétaux du sous-étage forestier, cette partie de la forêt qui comprend les arbres et les arbustes croissant sous le couvert formé par les arbres de plus haute taille. Le sous-étage est un habitat essentiel aux animaux du tapis forestier et aux oiseaux. De plus, là où les particuliers sont autorisés à couper du bois, l’activité intense de l’orignal menace la régénération de la forêt et, par conséquent, les réserves futures de bois.
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2. Les lieux : parc national du Gros-Morne

Les forêts                     du parc national du Gros-Morne font partie de la forêt boréale.
  Les forêts du parc national du Gros-Morne font partie de la forêt boréale.
© Parcs Canada
  • Situé sur la côte ouest de l’île de Terre-Neuve.
  • Créé en 1973.
  • Représentatif de la région naturelle des hautes-terres de l’ouest de Terre-Neuve (région no 34) et de celle des basses-terres du Saint-Laurent (région no 29).
  • Superficie : 1 805 km2.
  • 28 % de la superficie du parc sont boisés. La forêt est composée essentiellement de sapin baumier et de bouleau à papier et, dans une moindre mesure, d’épinette blanche et d’épinette noire. On prévoit que la succession de ces forêts sera dominée par des peuplements de sapin baumier .

Parmi les versions imprimables, la fiche de renseignements sur le parc national du Gros-Morne vous offre plus d’information. Voyez aussi la région no29 et 34 sur le Plan de réseau des parcs nationaux.Haut de la page

3. L’enjeu en détail

L’orignal
2. L’orignal, introduit à Terre-Neuve en 1904, hante maintenant en grands nombres le parc national du Gros-Morne.
  L’orignal, introduit à Terre-Neuve en 1904, hante maintenant en grands nombres le parc national du Gros-Morne.
© Parcs Canada/ Pleau, J.
  • L’orignal n’est pas une espèce indigène de l’île de Terre-Neuve. Il y a été introduit en 1904 et est devenu commun dans le parc au cours des années 1940.
  • On estime qu’il y a actuellement de 125 000 à 150 000 orignaux à Terre-Neuve.
  • Hors du parc, la chasse est permise et régie par les lois de la province. Quelque 28 000 chasseurs tuent chaque année environ 24 000 orignaux.
  • La chasse à l’orignal est interdite dans le parc et les communautés enclavées depuis 1974.
  • L’orignal n’a pas de prédateur important dans le parc. L’ours noir s’attaque aux petits, mais n’a pas d’effets majeurs sur la population.
3.2 Récolte du bois par les particuliers

Ce parterre de coupe est l’un des douze du parc national du Gros-Morne où les résidants admissibles peuvent couper du bois.
  Ce parterre de coupe est l’un des douze du parc national du Gros-Morne où les résidants admissibles peuvent couper du bois.
© Parcs Canada
  • La récolte du bois pour la construction de maisons, de bâtiments divers et de bateaux ainsi que pour le chauffage se pratique depuis longtemps à Terre-Neuve.
  • L’entente fédérale-provinciale à l’origine de la création du parc national du Gros-Morne permet aux résidants admissibles de continuer de prélever du bois pour leurs besoins personnels.
  • Cette récolte par les particuliers est toutefois limitée à 12 blocs de coupe dans le parc, pour une superficie totale de 194 km2. Ces aires représentent 10,5 % du parc, mais contiennent 25 % des terrains forestiers.
  • Par « résidants admissibles au permis de coupe », on entend les personnes qui vivent dans le parc national du Gros-Morne ou dans l’une des 13 communautés enclavées et qui avaient au moins 19 ans le 13 août 1973 (date de la création du parc) ainsi que leurs enfants. Au terme de ces deux générations, il ne sera plus permis aux particuliers de couper du bois dans le parc.
  • Potentiel : Il y a au total 1 600 résidants admissibles. Chacun ayant le droit de couper 10 cordes par année, la récolte annuelle permise peut atteindre 16 000 cordes.

Réalité : En moyenne 260 résidants admissibles coupent des arbres du parc. Ensemble, ces personnes ont récolté en moyenne 1470 cordes par année depuis 17 ans.

3.3 Observations

  • L’orignal utilise abondamment les petites surfaces libres laissées par ce « jardinage par bouquets » des particuliers.
  • L’orignal se nourrit en très grande partie là où la forêt se régénère. En règle générale, cela comprend le sous-étage forestier et les bords des sites forestiers perturbés.
  • En revanche, seul le pourtour des aires touchées par les phénomènes forestiers naturels (attaques d’insectes, par exemple) est très exploité par l’orignal. Le centre de ces aires ne paraît pas l’être.
  • La population d’orignal du parc national du Gros-Morne a beaucoup augmenté depuis la création du parc en 1973.
  • Il y a actuellement environ 7 800 orignaux dans le parc, pour une densité moyenne de 4,3/km2. En certains endroits, la densité atteint même 19,5/km2.
  • C’est surtout l’approvisionnement en nourriture qui modifie les populations d’orignal du parc.
  • L’augmentation rapide de ces populations est typique d’une espèce introduite. En règle générale, une espèce non indigène surexploite son nouvel habitat et excède la capacité de charge. Il en découle souvent une chute brutale de la population, qui se stabilise ensuite à un niveau plus viable.

Les orignaux                     ont rongé et abîmé ce sorbier d’Amérique.
  Les orignaux ont rongé et abîmé ce sorbier d’Amérique.
© Parcs Canada
  • Dans le parc national du Gros-Morne, le pourcentage de la quantité totale de rameaux à la portée de l’orignal a augmenté de 5 % en moyenne en 1977 à 38 % en 1996.
  • En 1977, le brout le plus important de l’orignal dans le parc national du Gros-Morne se composait de l’if du Canada, de l’érable à épis, du sapin baumier, du bouleau à papier et de l’amélanchier de Bartram.
  • De 1977 à 1996, la quantité d’if du Canada, d’érable à épis, de bouleau à papier et d’amélanchier de Bartram a diminué de 14,6 % à 2,2 %.
  • La végétation disponible hors du parc ne paraît pas avoir changé pendant cette même période.
  • Le pourcentage actuel de brout d’orignal dans les blocs de coupe pourrait modifier le couvert forestier. Le brout sélectif risque en effet d’éliminer le bouleau à papier, et l’épinette remplacera le sapin baumier comme espèce dominante.
  • À l’extérieur des blocs de coupe, on prévoit que le couvert forestier restera inchangé. Il est constitué principalement de sapin baumier et de bouleau à papier et, dans une moindre mesure, d’épinette blanche et d’épinette noire.
  • Dans toutes les aires boisées du parc, le brout de l’orignal a une incidence majeure sur le sous-étage. La destruction ou, à tout le moins, la réduction considérable du sous-étage touche d’autres espèces animales qui s’y abritent.
  • Les collisions entre orignaux et véhicules sont préoccupantes. Au cours d’une année représentative, on en compte de 30 à 40 sur les routes du parc.

Nombre de collisions entre orignaux et véhicules, de 1991 à 2003

Année

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

Collisions

20

15

10

20

20

17

n.d.

36

36

41

25

47

34

Population d’orignal estimée du parc national du Gros-Morne, de 1971 à 1998

Année

1971

1974

1976

1977

1991

1995

1998

Population estimée

271

1016

600

812

2 200 - 3 200

6 110 - 9 350

6 440 - 9 065

Figure 1.
Pourcentage de la quantité totale de rameaux à la portée de l'orignal en 10 endroits du parc national du Gros-Morne

Pourcentage de la quantité totale de rameaux à la portée de l'orignal en 10 endroits du parc national du Gros-MorneHaut de la page

Références

Bateman, M.C. Progress Report: Ungulate investigations in Gros Morne National Park, rapport de Parcs Canada, CWS-AR-202.31, 36 p., 1977 [en anglais seulement].
Caines, P. et Deichmann, K.H. Resource Description and Analysis: Gros Morne National Park, Parcs Canada, 1990 [en anglais seulement].
Connor, K. Changes in Structure of a Boreal Forest Community Following Intense Herbivory by Moose, thèse de maîtrise inédite, Université du Nouveau-Brunswick, 65 p., 1999 [en anglais seulement].
Lawlor, M. Analysis of Forest Dynamics in Gros Morne National Park and Preliminary Observations on the Condition of the Domestic Harvest, inédit, 18 p., 1992 [en anglais seulement].
Mawhinney, K. et Mahoney, S. Terms of reference for the study: Moose Ecology/Forest Dynamics in the Gros Morne National Park Region, rapport inédit, 45 p., 1994 [en anglais seulement].
McCarthy, C. Gros Morne Domestic Timber Harvest Information Newsletter, 4 p., (2000).
Sullivan, E. Gros Morne Aerial Moose Survey Analysis, Department of Natural Resources, Wildlife Division, St. John’s, Terre-Neuve, rapport inédit, 3 p., 1995 [en anglais seulement].Haut de la page

4. Les intervenants

Biologiste de la faune à Parcs Canada
Vous êtes titulaire d’une maîtrise en biologie et vous travaillez au parc national du Gros-Morne depuis dix ans. Depuis le début, vous constatez une augmentation de la population d’orignal ainsi que du nombre de collisions entre orignaux et véhicules dans le parc. Vous vous préoccupez de l’effet de l’orignal sur l’habitat faunique. Vous aimeriez trouver des moyens d’enrayer la croissance de cette population.

Spécialiste de la biologie végétale à Parcs Canada
Titulaire d’une maîtrise en biologie, vous travaillez dans le parc national du Gros-Morne depuis deux ans. Vous avez étudié les effets du broutage de l’orignal sur la composition des forêts et vous avez observé et quantifié les dommages sur le terrain. Vous souhaitez trouver des moyens de réduire au minimum cette activité de l’orignal, à l’intérieur comme à l’extérieur des blocs où les résidants coupent du bois.

Résidant ou résidante
Vous avez vécu toute votre vie au village de Wiltondale. Votre famille coupait des arbres dans la région dès avant la création du parc. L’entente qui a créé le parc préserve le droit de votre famille d’abattre des arbres dans certaines aires. Vous utilisez le bois pour chauffer et construire. Vous aimeriez pouvoir continuer de couper du bois dans toutes les aires attribuées à votre famille.

Adepte de la chasse à l’orignal
Votre famille vit dans la région depuis des générations. Votre père chassait l’orignal dans ce qui est devenu le parc national du Gros-Morne en 1973. Maintenant, c’est votre tour de vous passionner pour cette chasse. D’après ce que vous comprenez, la population d’orignal dans le parc a augmenté depuis l’époque de votre père, en partie parce que la chasse est maintenant interdite. Vous appuyez le rétablissement d’une chasse restreinte à l’orignal par la population locale.

Membre de l’association locale d’entreprises touristiques
Bien que l’orignal ne soit pas une espèce indigène de Terre-Neuve, il fait partie de l’écosystème de la région depuis plus de 60 ans. La plupart des touristes admirent ces créatures majestueuses. Les automobilistes s’arrêtent fréquemment sur le bord des routes du parc pour mieux les voir. Vous êtes contre l’abattage sélectif qui, à votre avis, risque de donner mauvaise réputation au parc (surtout sur le marché européen, qui est en croissance) et de réduire les revenus touristiques. Haut de la page

5. Renseignements supplémentaires

Sur l’orignal
www.hww.ca/
Choisissez l’option « Enjeux et thèmes », puis « Espèces exotiques et envahissantes au Canada » et cherchez les mots « orignal » et « Terre-Neuve ».

www.hww.ca/
Cliquez sur « Espèces », puis sur « Mammifères » et sur « Orignal ».

www.nr.gov.nl.ca/agric/fact_pubs/pdf/crops/moose.pdf
[en anglais seulement]
Le conflit entre l’orignal et les producteurs de sapins de Noël à Terre-Neuve


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Dernière mise à jour : 2009-08-20 Haut de la page
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