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Les défis des parcs : enjeu et intervenants

Étude de cas 1 : Faire de la place aux visiteurs et aux grizzlis : gestion de l'activité humaine au lac Moraine, dans le parc national Banff

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Contenu
1. L'enjeu en bref
2. Les lieux
3. L'enjeu en détail
(biodiversité, activité humaine et conflit grizzli-humain)
4. Les intervenants
5. Renseignements supplémentaires
(sites Web, étude des grizzlis au parc national Banff)

1. L'enjeu en bref
L'aire du lac Moraine est un lieu très populaire du parc national Banff. Durant la haute saison, en juillet et en août de chaque année, des milliers de véhicules arrivent tous les jours, chargés de milliers de visiteurs venus profiter de paysages fabuleux, se promener sur les bords du lac et s'adonner à d'autres activités récréatives comme la randonnée, le canoë-kayak, l'alpinisme et le vélo de montagne. Or, le lieu est aussi un bon habitat pour le grizzli. Il y a donc compétition entre l'être humain et l'ours pour l'utilisation du paysage et, par conséquent, risque de conflit.Haut de la page

2. Les lieux : parc national Banff

Le lac Moraine et la vallée des Dix Pics, inspiration du dessin qui a orné pendant un temps les billets de 20 dollars
  Le lac Moraine et la vallée des Dix Pics, inspiration du dessin qui a orné pendant un temps les billets de 20 dollars.
© Parcs Canada
  • L’aire du lac Moraine se trouve le long de la ligne de partage des eaux dans le parc national Banff. C’est un paysage de petites vallées et de hauts plateaux serti dans un écrin formé d’énormes pics calcaires. Depuis des décennies, il fait la joie des alpinistes, des artistes, des adeptes de la randonnée en montagne et de tous ceux qui visitent les parcs montagneux de l’ouest en véhicule motorisé.
  • Le parc national Banff a été créé en 1886; il représente la région naturelle des Rocheuses (région no 5).
  • La région du lac Moraine occupe une superficie d’environ 82  km2.
  • Elle se trouve à 10 kilomètres plein sud du hameau de Lake Louise et est creusée de trois vallées distinctes : la vallée des Dix-Pics, la vallée Paradise et la vallée Consolation. Elle est bordée par la route du lac Moraine et les cols Consolation, Wenkchemna et Saddleback.
  • Fréquentation annuelle : environ 150 000 visiteurs par mois en juin et septembre, et 180 000 par mois en période de pointe (juillet et août).
  • La plupart des visiteurs parviennent au lac Moraine par une route asphaltée de 15 kilomètres qui part du hameau de Lake Louise. Pour se rendre au lac Louise, les visiteurs utilisent la première partie de cette route d’accès.
  • La route et les installations d’accueil et de commerce ne sont ouvertes que de juin jusqu’à ce que la route soit couverte de neige.
  • La région offre des possibilités de promenade, de randonnée courte ou longue, d’alpinisme, d’équitation, de canotage, de grimpe sans corde et de vélo de montagne, dans l’avant-pays et dans l’arrière-pays.
  • L’infrastructure comprend un terrain de stationnement (pouvant accueillir 187 véhicules), des toilettes et abris de pique-nique entretenus par Parcs Canada, un vaste réseau de sentiers ainsi qu’une hutte (capacité d’accueil de 70 personnes).

Parmi les versions imprimables, la fiche de renseignements sur le parc national de Banff vous offre plus d’information sur ce parc et sur le lac Moraine. Voyez aussi la région no 5 sur le Plan de réseau des parcs nationaux. Haut de la page

3. L'enjeu en détail

3.1 Les écosystèmes du lac Moraine

  • L'aire se trouve en majeure partie dans des écorégions subalpine et alpine. On y trouve une forêt d'épinettes et de sapins, une forêt-parc de mélèzes subalpins, des parcelles de prairie alpine et la faune typique des montagnes.
  • Quarante pour cent du paysage, environ, sont faits de roche et de glace.
  • Dans les vallées aux parois abruptes, bordées de montagnes qui culminent à 3500 mètres de haut, sont dispersées des parcelles qui constituent un habitat de qualité pour les ours. La mosaïque que forment le fond des vallées, les sites avalancheux, les pentes où poussent la viorne trilobée, la shépherdie du Canada et la groseille, et les zones peuplées par la marmotte des Rocheuses et le spermophile du Columbia assure une activité saisonnière intense du grizzli.
  • La région est aussi caractérisée par quatre cols importants qui relient le lac Moraine à d'autres réseaux hydrographiques d'envergure mais aussi les parcs nationaux Yoho, Kootenay et Banff. Ces liens servent à la fois l'être humain et la faune (notamment le grizzli).
  • Depuis peu, des grizzlis résidents et des grizzlis de passage se sont trouvés au cour d'un certain nombre de conflits entre l'ours et l'être humain.
  • L'aire en question accueille à l'occasion d'autres espèces fauniques sensibles (lynx, carcajou, chèvre de montagne et canard arlequin).
Grizzli
  Grizzli
© Parcs Canada/ Lynch, Wayne


3.2 Activité humaine

  • La zone est surtout fréquentée de juin à la fin de septembre. En 2002, on a compté environ 153 874 personnes par mois pendant cette période, avec des pics en juillet et en août (180 000 personnes par mois). Au cours de ces deux mois d’activité intense, on a compté environ 6000 personnes et 1580 véhicules par jour.
  • Le nombre moyen de visites, du 1er juin au 31 août, de 1998 à 2003 a été le suivant :

Année

1998

1999

2000

2001

2002

2003

Nbre de visiteurs par jour

4 573

4 447

4 287

4 153

4 118

3 949

  • L'activité humaine est plus intense quand la neige se retire des sentiers de l'arrière-pays (généralement en juillet) et on observe un pic dans le nombre de randonneurs quand les feuilles des mélèzes prennent les couleurs d'automne, en septembre. Les visiteurs estivaux sont surtout des touristes en vacances et ceux d'automne sont pour beaucoup des gens de Calgary et des alentours, qui passent une journée.
  • La zone est traversée par neuf sentiers de randonnée et un sentier de randonnée et de vélo de montagne, pour un total d'environ 44,5 km de sentiers entretenus. Une route secondaire asphaltée dessert le lac Moraine et le Moraine Lake Lodge, qui offrent des services d'hébergement et de restauration. Les visiteurs peuvent faire du camping en arrière-pays, au terrain de camping de la vallée Paradise.
  • Pour la plupart, les visiteurs du lac Moraine veulent simplement photographier ce symbole du parc national Banff et du réseau des parcs du Canada. Ils passent de une à deux heures dans la région, marchent autour du lac ou à l'extrémité du sentier Moraine (Jackson 2000). Seuls 9 p. 100 des visiteurs ou à peu près visitent l'arrière-pays (Jackson 1999). La majeure partie y font de la randonnée, mais l'alpinisme et la grimpe sans corde sont aussi très populaires. Bien que le nombre d'adeptes y soit relativement faible, ceux qui pratiquent ces sports apprécient beaucoup les possibilités offertes au lac Moraine.
  • Le réseau de sentiers couvre les principales vallées et donnent accès aux montagnes à escalader, à de splendides paysages et aux possibilités récréatives des aires adjacentes. Ainsi, les randonneurs et les alpinistes ont-ils aisément accès à la plupart des habitats fauniques.
  • De nombreux sondages ont été faits auprès des visiteurs depuis quatre ans. Voici quelques résultats de ceux de 2001 :
    Nombre moyen de visiteurs par jour : 4153 personnes/jour
    Pic horaire moyen des visites : 615 personnes/heure
    Pic maximal des visites : 770 personnes/heure
    Véhicules de grandes dimensions : 3 à 5 % du volume de circulation
    Plus de la moitié (51,4 %) des visiteurs restent moins d'une heure.
    83,6 % des visiteurs du lac Louise et du lac Moraine utiliseraient un transport en commun s'il y en avait un.

Tableau 1 : Densité de circulation de certains jours échantillons (2001)

Lac Moraine
Date
Nombre de véhicules
Rang*
6 août
2 922
2
19 juillet
2 620
10
21 juillet
2 557
16
2 août
2 517
21
     
Moyenne
2 414
 
Médiane
2 464
 
Maximum
3 050
 
Minimum
1 802
 
*Rang par rapport aux 62 jours des mois de juillet et août 2001

Tableau 2 : Durée d'utilisation du terrain de stationnement du lac Moraine (2001)

Durée
% de véhicules
19 juillet 21 juillet 2 août 6 août Moyenne
6 heures et +
1,7
1,5
1,6
2,7
1,9
4 à 6 heures
4,3
3,4
2,8
4,0
3,6
2 à 4 heures
13,4
11,0
13,7
15,8
13,5
1 à 2 heures
30,9
27,7
30,8
29,1
29,6
0 à 1 heure
49,8
56,4
51,1
48,4
51,4

Tableau 3 : Taux d’utilisation horaire du terrain de stationnement du lac Moraine (2001)

 
Pourcentage de la capacité d’accueil
Heure
19 juillet
21 juillet
2 août
6 août
8:30
13,9
19,8
13,4
21,4
9:30
38,0
30,5
24,1
42,2
10:30
61,0
54,5
43,9
60,4
11:30
94,1
79,7
56,7
91,4
12:30
127,8
103,7
97,3
116,6
13:30
118,7
104,3
98,9
158,8
14:30
112,3
113,9
105,9
168,4
15:30
103,2
102,7
140,6
98,9
16:30
80,7
102,1
111,2
139,6
17:30
63,6
92,5
87,7
98,9

Source : Michael Den Otter, Visitor Use and Transportation Needs in Lake Louise (oct. 2002)

3.3 Difficultés relatives à l'activité humaine

  • À bien des égards, le lac Moraine illustre toutes les difficultés que doit affronter Parcs Canada dans ses efforts pour comprendre et préserver l’intégrité écologique dans une région tellement appréciée des visiteurs qu’elle supporte une activité humaine très intense. Ces menaces sont les conflits entre êtres humains ainsi qu’entre humains et ressources naturelles. Plus précisément, ce sont :
    - un mauvais « sens de l’emploi du temps » qui cause l’encombrement des routes et des terrains de stationnement;
    - les conflits entre ours et humain — et des conflits entre ours résidents et ours de passage agressifs — et la nécessité de préserver des populations d’ours viables.
  • La fréquentation actuelle dépasse régulièrement la capacité d’accueil. Les files de véhicules, la congestion des terrains de stationnement et la densité de circulation sur les sentiers de l’avant-pays sont fréquentes pendant la haute saison et pendant les plus belles fins de semaines d’observation des couleurs d’automne sur les mélèzes.


  C'est de 12 h à 16 h que la congestion des terrains de stationnement est la pire quand, les jours d'intense fréquentation, il peut y avoir plus de 15 autobus pour 6 emplacements de stationnement et 315 véhicules de toutes sortes pour 187 emplacements conçus pour des voitures de tourisme.
© Baker, Susan


  Quand le terrain de stationnement est plein, les visiteurs se garent le long de la route d'accès, transformant celle-ci en un terrain de stationnement d'appoint qui s'étire sur 2 kilomètres. Ce stationnement d'appoint entrave les déplacements des espèces sensibles dans la région. Celles qui arrivent à se mouvoir s'habituent à la présence humaine. Or, pour un grizzli ainsi accoutumé le risque de mourir d'une mort causée par l'être humain est sept fois plus grand que pour un ours non accoutumé.
© Baker, Susan
  • L'infrastructure du parc (routes, sentiers et aires de fréquentation diurne) coûte cher d'entretien et se détériore rapidement.
  • La région combine services publics et commerciaux. Les services commerciaux sont les pavillons d'hébergement sur le site et les fournisseurs de services qui utilisent la région (autocaristes, guides de randonnée, d'interprétation et d'alpinisme, etc.).
  • Les conflits entre humains et grizzlis sont fréquents. Un programme de fermeture des sentiers et des aires pendant cinq à dix semaines a été appliqué de 1996 à 1998 pour protéger les visiteurs et laisser aux ours l'espace dont ils ont besoin pour survivre.
  • On sait actuellement peu de chose sur l'utilisation de la région par d'autres espèces animales et les conflits potentiels avec l'activité humaine.
  • Les gestionnaires et le personnel du parc, les exploitants de la région, les visiteurs et d'autres encore ont du mal à comprendre ce que signifie l'intégrité écologique dans le contexte de l'aire du lac Moraine, en quoi l'aire contribue à l'intégrité écologique de la région et en quoi l'intégrité écologique exige une action « sur le terrain ».
  • Les ressources (humaines et financières) sont rares et le personnel du parc est souvent très occupé à répondre aux exigences concrètes de tout le public qu'il sert. On ne prévoit pas de ressources nouvelles.
  • La tradition récréative, depuis longtemps établie, est chère à de nombreux groupes, y compris alpinistes, artistes, résidants de la région et entreprises locales.
  • L'utilisation sans gestion nuit à l'environnement et est inacceptable.
  • Les organismes provinciaux et fédéraux et l'industrie du tourisme ont fait une promotion intensive de l'image du lac Moraine, c'est-à-dire de ses eaux pures et de la vallée des Dix-Pics dans le lointain. Les principaux guides de voyage et les brochures ont inscrit le lac Moraine parmi les endroits « à voir absolument » quand la photo ne figure pas carrément en couverture.
  • Certes, le tourisme tend à fluctuer d'année en année et semble décliner régulièrement, quoique légèrement, depuis cinq ans, mais on s'entend généralement à dire que, à long terme, il y aura reprise et même croissance. Il n'y a aucune raison de croire que l'attrait touristique des Rocheuses canadiennes diminuera avec le temps.
  • La region du lac Moraine a été l'objet d'une planification intégrée. L'équipe de planification était formée de représentants de Parcs Canada et de représentants de l'extérieur.
  • Voici certaines idées mises à l'essai à ce jour :
    - Initiative de gestion de l'activité humaine adaptative appelée « Accès restreint ». Cette initiative, mise en ouvre quand un grizzli a un comportement entreprenant dans la région, exige que les randonneurs marchent en groupes de six ou plus et que les cavaliers soient au moins deux ensemble. Le but est d'assurer la sécurité du public tout en freinant l'accoutumance des ours.
    - Le vélo de montagne a d'abord été interdit pendant les périodes d'accès restreint. Puis, un examen indépendant de la question du grizzli et du vélo de montagne a débouché sur des méthodes de gestion des sentiers adaptées à un site donné, censées mieux assurer l'intégrité écologique tout en permettant au public de pratiquer ce sport dans une certaine mesure.
    - On a essayé un système de transport en commun dans la grande région du lac Louise, afin de réduire la densité de la circulation sur les routes et dans les terrains de stationnement. Le système comprenait une navette pour le lac Moraine. Les efforts ont d'abord été axés sur la réduction du nombre des gros véhicules récréatifs.
    - Des panneaux de signalisation ont été installés afin de promouvoir l'application de mesures volontaires de gestion de l'activité humaine à des fins récréatives.
    - L'information recueillie pendant la première année de cet effort d'aménagement a servi à un exercice de planification intégrée de la grande région du lac Louise (qui englobe les unités de gestion que sont lac Louise, Baker, Skoki et Pipestone). Cet effort a débouché sur une stratégie intégrée de gestion de l'activité humaine pour la région du lac Louise. Le document résultant a été incorporé à la stratégie du parc national Banff. Enfin, cette stratégie est devenue l'une des modifications proposée à l'examen du plan de gestion du parc national Banff en 2003. Les modifications ont été approuvées en 2004.

3.4 Réduire les rencontres difficiles entre ours et humains en limitant les possibilités

Accès restreint
L’accès restreint est un outil de gestion adaptative élaboré, mis à l’essai et appliqué dans la région du lac Moraine après plusieurs années de fermeture de vastes portions de sentiers et d’aires pour de longues périodes à cause de nombreux conflits entre l’ours et l’être humain. La solution avait pour but de laisser les lieux accessibles tout en réduisant les risques de conflits et l’accoutumance des ours. Cette démarche illustre les tentatives faites par Parcs Canada pour allier l’intégrité écologique et l’expérience offerte aux visiteurs.

Suivant le plan de gestion de l’activité humaine au lac Moraine, un protocole de gestion provisoire permettant un accès restreint a été rédigé et mis à l’essai de 1999 à 2001. Depuis 2001, le plan préside toujours à la gestion de l’activité humaine dans la région du lac Moraine. Le protocole exige que dès que des ours se manifestent dans la région, les randonneurs partent obligatoirement en groupes compacts de six ou plus dans l’arrière-pays et que les cavaliers se déplacent à deux ou plus. Le nombre de randonneurs dans un groupe a été fixé à six ou plus parce qu’on n’a jamais signalé d’attaque d’ours contre des groupes de six personnes ou plus (Herrero 1985). Le terrain de camping de la vallée Paradise (PA 8), dans l’arrière-pays, est fermé pendant ces périodes d’accès restreint. La nécessité de restreindre l’accès est réévaluée tous les quatorze jours. En 1999 et 2000, la piste de vélo de montagne du haut plateau du lac Moraine a été fermée pendant l’application du plan d’accès restreint. Après l’étude d’un rapport sur les solutions de gestion de la piste (Herrero et Herrero, 2000), on a décidé en 2001 de fermer plutôt un tronçon de 4,4 kilomètres de long pendant la saison des baies.

Incidence du programme d'accès restreint sur les rencontres agressives entre ours et humains
Le nombre de rencontres entre ours agressifs et humains a diminué depuis l'instauration du programme d'accès restreint en 1999.

De 1995 à 2001, des grizzlis ont été observés 151 fois, et il y a eu 17 fois comportement agressif de la part de l’animal (voir les détails à la section 3.6 ci-dessous). Selon les descriptions de ces sept années, les comportements agressifs étaient le fait de grizzlis sans collier, même si plusieurs grizzlis portant un collier ont été observés dans cette aire depuis 1998. On n’a signalé aucun ours noir pendant cette période.

En 1996, l’aire a été fermée en totalité ou en partie pendant 126 jours; en 1997, il y a eu 132 jours de fermeture et en 1998, 92. Ces périodes représentent respectivement 84 %, 88 % et 61 % de la saison (en supposant une saison de 150 jours, de la fin mai à la mi-octobre). De 1999 à 2001, l’aire a été fermée en totalité ou en partie pendant 6 %, 27 % et 0 % de la saison, le programme d’accès restreint ayant été appliqué pendant 66  %, 19 % et 37 % de la saison pendant les trois années en question.

Le nombre d’observations et de face-à-face avec comportement agressif a augmenté considérablement de 1995 à 1998, passant à 35 observations et 6 rencontres avec comportement agressif en 1998 seulement, bien que la majeure partie de la région ait été fermée pour un total de 92 jours. En 1999, au cours de la première année d’application de la stratégie d’accès restreint, il y a eu un face-à-face avec comportement agressif (vocalisation seulement). Il est arrivé deux fois qu’un grizzli suive des randonneurs. En 2000 et 2001, on a signalé chaque année deux rencontres avec comportement agressif (vocalisations seulement). Ces chiffres sont remarquables par rapport à la période de 1996 à 1998, où on a signalé 12 face-à-face avec comportement agressif plus graves, y compris des charges d’intimidation. De 1995 à 2001, 17 rencontres avec comportement agressif ont été consignées, dont trois entre grizzlis et cyclistes sur la piste du haut plateau du lac Moraine.

Résultat de l’application du programme d’accès restreint depuis quelques années, le nombre de perturbations par l’activité humaine a diminué. Ces perturbations peuvent dégénérer en conflits entre l’ours et l’être humain, provoquer le déplacement des animaux ou leur accoutumance. La réduction du nombre de perturbations rend la visite plus sûre et plus satisfaisante. L’environnement y gagne aussi, en l’occurrence un habitat efficace pour l’ours.

Réponse publique à l'accès restreint
Au contraire de la fermeture des aires, qui empêche tout accès, la nouvelle méthode de restriction maintient certaines possibilités de visites dans l'arrière-pays au lac Moraine. Depuis la première application du programme, les visites n'ont pas été très affectées, mais leur nature a changé. En 2000, un nombre moyen de 62 groupes se rendaient chaque jour dans l'arrière-pays, au lac Moraine. Cette même année, pendant les périodes d'accès restreint, le nombre moyen de groupes a été réduit à 21 par jour. Ce changement est attribuable à l'obligation de former des groupes d'au moins six personnes. Par conséquent, même si le nombre de groupes a diminué, le nombre d'utilisateurs par groupe a été plus grand que pendant les périodes d'accès sans restriction.

3.5 Quelques faits sur la gestion de l'activité humaine

  • Une étude faite en 1995 sur Banff et la vallée de la Bow a montré que dans beaucoup de zones des parcs nationaux créés dans les Rocheuses, l’activité humaine est un agresseur important des écosystèmes, peut-être même l’un des principaux.
  • La gestion active de l’activité humaine peut être directe (quotas, restrictions, etc.) ou indirecte (actions volontaires, signalisation, etc.), ou les deux.
  • La gestion de l’activité humaine consiste à permettre aux gens de profiter d’un parc national sans nuire à son intégrité écologique ni à la qualité de l’expérience. Il s’agit d’amener les bons visiteurs au bon endroit au bon moment, et qu’ils soient animés des bonnes attentes.
  • Le concept d’activité humaine comporte deux éléments :
    - l’utilisation matérielle du parc par une personne (visiteurs, résidants permanents ou saisonniers, entreprises et public de passage);
    - l’infrastructure et les services nécessaires à ces activités.
  • À chacun de ces deux éléments sont associés deux volets : la demande et l’offre.
    - Demande : Quel intérêt un produit suscite-t-il? Par produit, on entend la visite et l’utilisation d’un parc national. Le degré d’intérêt est étroitement lié à l’intensité de la promotion (publicité) qui est faite pour faire connaître le produit au public et stimuler son intérêt. La promotion est réussie si elle génère beaucoup d’intérêt de la part du public.
    - Offre : la quantité de produit offerte (autrement dit, le degré d’utilisation).

    La difficulté, pour Parcs Canada, consiste donc à déterminer le degré d’utilisation récréative à offrir étant donné la nécessité de préserver l’intégrité écologique et la volonté d’assurer aux visiteurs des activités de qualité. Les gens n’apprécient pas de se marcher sur les pieds et les ours tolèrent tout aussi mal de se heurter aux visiteurs.
  • Enfin, l’objectif ultime est d’accomplir tous les éléments du mandat de Parcs Canada.

3.6 Sommaire des conflits entre le grizzli et l'être humain au lac Moraine, de 1995 à 2002

Sommaire des observations de grizzlis signalées dans la vallée des Dix-Pics et dans la vallée Paradise, de 1995 à 2002

Année

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

Observations

9

20

23

35

19

19

26

38

Détails des observations de grizzlis, 1996 à 2002
Parmi les 20 observations ou rencontres survenues en 1996, quatre ont été marquées par un comportement agressif manifeste de l'animal. Le premier incident semble avoir été une rencontre surprise, l'ours ayant émis des sons, puis suivi la randonneuse qui battait en retraite. Le second incident est une charge sans contact, l'ours s'étant arrêté quand les randonneurs ont traversé un ruisseau en courant. Les circonstances de la charge ne sont pas claires. Troisième incident : l'ours a couru derrière un patrouilleur à pied et s'est arrêté à faible distance quand ce dernier s'est retourné et a fait face. Enfin, une cycliste a été suivie à courte distance par un ours qui émettait des sons.

Parmi les 23 observations ou rencontres de 1997, deux ont été marquées par une agression manifeste de l'ours. La première fois, un cycliste a surpris un grizzli. Il a alors abandonné son vélo et a commencé à fuir. Le grizzli s'est avancé, a mordu un des pneus tout en émettant des sons. La seconde fois, dans les mêmes circonstances, l'ours a réagi à la rencontre surprise et au fait de se trouver entre deux groupes, en chargeant sans toutefois toucher qui que ce soit et en émettant des sons. Deux incidents sont attribuables à un pique-nique mal emballé, sur lequel un ours a pu mettre la patte. L'animal a été signalé en cinq occasions sur le bord d'une route, dont deux à 15 mètres du bâtiment du personnel du Moraine Lake Lodge et trois fois, vers le milieu de la journée, sur le sentier du bord du lac Moraine (un sentier très fréquenté, accessible en fauteuil roulant).

En 1998, il y a eu 35 observations ou rencontres dans la région. Six fois un grizzli a eu un comportement agressif envers des randonneurs. L'une des plus étranges a trait à un grizzli chargeant des randonneurs qui tenaient un chien en laisse. Les randonneurs se sont abrités derrière un arbre. L'ours s'est approché à moins de six mètres en grognant. L'ours et les randonneurs ont tourné autour de l'arbre pendant plusieurs minutes. On a tenté à quatre reprises, sans succès, de capturer l'animal. En plus de l'ours « résident », un ours portant un collier a passé une semaine et demie dans la région du ruisseau Moraine, à 1,5 kilomètre au nord-est du gîte. Un second immature de couleur distinctive a été aperçu sur le sentier du lac Eiffel, une fois seulement.

En 1999, on a signalé 19 observations ou rencontres de grizzlis dans la région. L'un des rapports décrit une agression en termes peu clairs, évoquant un animal « grognant, mais à distance ». Deux observations ont été rapportées le 28 août, à peu près en même temps mais suffisamment éloignées l'une de l'autre géographiquement pour que l'on puisse conclure qu'il s'agissait de deux grizzlis différents. On a alors déployé beaucoup d'efforts pour informer les gens de ces problèmes autour du lac Moraine, y compris du nouveau programme d'accès restreint. Ce dernier a été imposé le 28 août, après qu'un grizzli ait été aperçu sur un terrain de camping.

En 2000, le nombre d'observations ou rencontres avec des grizzlis a aussi été de 19. En deux occasions, on a fait état d'un comportement légèrement agressif de l'animal. Le 1er août, un grizzli a « soufflé » en direction d'un groupe de randonneurs rassemblés au col Sentinel. L'animal se dirigeait de la vallée Larch à la vallée Paradise. Il ne s'est pas arrêté et n'a pas mis le nez dans les pique-nique abandonnés par les randonneurs qui reculaient en remontant pour se protéger. Le 19 septembre, un grizzli a « sifflé » en direction d'un patrouilleur, ayant été surpris pendant qu'il fouillait dans des arbustes sur la pente descendant vers le sentier du lac Eiffel. L'animal a fui après la première rencontre. Malgré cette réaction appropriée du grizzli, on considère son comportement comme agressif parce qu'il émettait des sons. On a signalé cette année-là un plus grand nombre d'occurrences où un ours a fui devant des gens, mais il y a eu quelques problèmes de collecte d'information. L'accès restreint a été imposé du 2 au 15 août, puis du 23 août au 10 octobre. La zone a été fermée au public du 20 septembre au 31 octobre.

En 2001, Parcs Canada a reçu 26 formulaires décrivant des observations ou rencontres dans la région. Deux grizzlis porteurs de collier (nos 45 et 72) ont été repérés dans la région du lac Moraine par radiotélémétrie. La femelle no 72 a beaucoup fréquenté la région du lac Moraine et du ruisseau Babel pendant tout le mois de septembre et la plus grande partie du mois d'octobre. Parmi les 26 rapports reçus, très peu semblent concerner l'un des grizzlis porteurs de collier, étant donné le lieu et l'heure des rencontres et la description des animaux en cause. L'accès a été restreint le 17 août après quatre observations en cinq heures d'un petit grizzli blond sans collier dans la région de la vallée Larch. Un patrouilleur dépêché pour installer un panneau de signalisation a parlé à huit groupes qui avaient également vu un grizzli ce jour-là. Les restrictions ont été levées le 10 octobre. On a rapporté par ailleurs deux rencontres avec comportement légèrement agressif. Le 20 août, un grizzli a été aperçu à l'embarcadère du lac Moraine et a été repéré ensuite sous l'une des unités du gîte, « aboyant et grognant ». Il semble que l'ours était désorienté et ne savait plus comment sortir du groupe de pavillons d'hébergement les plus éloignés. Le 23 août, un groupe de six personnes marchant sur le sentier du lac Eiffel a vu à environ 10 mètres un grizzli qui creusait un trou dans lequel sa tête se trouvait d'ailleurs enfoncée. Surpris, l'animal a aboyé, faisant reculer le groupe, puis il a recommencé à creuser. Il y a eu une rencontre notable le 29 juillet, sur le sentier du haut plateau du lac Moraine. Des cyclistes ont « effrayé un ours, qui a grogné et est parti ». La plupart des rapports ont fait état d'un petit grizzli blond à pattes foncées ou d'un gros grizzli brun foncé. Aucun des deux ne portait de collier.

En 2002 enfin, 38 rapports d'observation ont été fais relativement à la région du lac Moraine (vallée des Dix-Pics, vallée Consolation, vallée Paradise et vallée Sheol). Aucun ours noir n'a été signalé. Parmi ces 38 observations figure un comportement agressif : celui d'une femelle avec ses deux petits, qui a émis des sons et tenté d'intimider ses vis-à-vis, à une distance d'environ 100 mètres.Haut de la page

4. Les intervenants
 
Spécialiste de l'activité humaine
À titre de spécialiste de l'activité humaine travaillant au Parc national du Canada Banff, vous cherchez des moyens de répondre aux besoins des visiteurs et de la faune tout en améliorant l'intégrité écologique. Vous essayez de comprendre l'interaction entre les êtres humains et la nature, et d'interpréter les données scientifiques. Vous faites tout pour vous assurer que ces données sont prises en considération dans les discussions et les décisions. Vous mettez au point, vous appliquez et vous évaluez de nouveaux instruments de gestion de l'activité humaine comme l'accès restreint (randonnées en groupes de six), la fermeture saisonnière des sentiers, le changement de trajectoire des sentiers et les communications. Au cours de vos fréquentes visites au lac Moraine, vous constatez la congestion à l'aller, vous observez les longues files de voitures garées sur la route parce que le parc de stationnement déborde et vous avez souvent du mal à vous garer vous-même. Vous voyez aussi de grands nombres de touristes qui se bousculent pour un petit aperçu du lac et des paysages magnifiques et pour arriver à lire les panneaux d'interprétation et d'information. On vous prévient à chaque rencontre entre un touriste et un grizzli et vous vous réjouissez de ce que la plupart se terminent sans que ni les êtres humains ni les animaux n'en sortent blessés.

Biologiste de la faune (spécialiste des conflits entre ours et êtres humains)
Vous êtes biologiste de la faune et travaillez pour Parcs Canada au parc national Banff. Vous faites de la recherche en science naturelle et de l'observation pour contribuer à la prise de décisions. Vous aimeriez réduire au minimum les effets de l'activité humaine sur le grizzli dans la région, tout comme le risque de conflits entre ours et humain. Votre préférence va à la gestion de l'activité humaine plutôt qu'à la gestion des ours. Vous cherchez des moyens de rendre les aliments humains moins accessibles aux ours par une saine gestion des attractifs (ordures, égouts, pique-nique, etc.) et de réduire le risque de voir les ours s'habituer à la présence humaine. Vous souhaitez enfin que l'ours et les autres espèces sauvages sensibles puissent se déplacer et disposer d'habitats substantiels.
 
Autocariste
Depuis vingt ans, votre famille exploite une entreprise de visites en autocar dans la ville de Banff. L'entreprise fait travailler beaucoup de résidants de la région. Le pittoresque lac Moraine est l'un des endroits les plus populaires dans le parc national Banff, auprès des Canadiens et des touristes étrangers. Il fait beaucoup pour la rentabilité de votre entreprise. Vous voulez : conserver l'accès à la région; continuer de faire la promotion du lieu comme élément de votre itinéraire; respecter un horaire fixe d'arrivées et de départs; offrir à vos clients la possibilité de courtes promenades; et vous assurer que vos clients profiteront d'installations de base sur le site, comme des toilettes. Vous cherchez des moyens d'améliorer la qualité de la visite et de réduire l'encombrement du terrain de stationnement et de la route menant au lac.

Touriste
Vous et votre famille êtes allés plusieurs fois au lac Moraine depuis quinze ans. Vous trouvez le lieu spectaculaire et vous aimez particulièrement faire de la randonnée et du vélo de montagne sur les longs sentiers. Toutefois, vous vous inquiétez de la congestion sur la route d'accès, de la foule sur le terrain de stationnement et de la difficulté à trouver des espaces de stationnement. Vous voulez : pouvoir vous garer rapidement; continuer de profiter du lac et des vues; bénéficier de services de base (toilettes et alimentation); profiter d'une gamme de loisirs (courts sentiers de promenade et de vélo de montagne bien aménagés et bien entretenus); et vivre une expérience enrichissante, sans danger. Vous ne voulez pas que vos choix d'activités et de lieux soient limités.

Exploitant ou exploitante d’une entreprise sur place
Depuis cinq ans, en saison, vous louez des chambres dans un gîte, vous louez des canoës, vous exploitez un casse-croûte et un petit magasin au lac Moraine. Vous employez dix résidants de la région. Vous voulez donc que votre entreprise perdure et pour ce faire, vous souhaitez que la fréquentation diurne et le nombre de nuitées restent élevés et vous voudriez réduire au minimum les séjours gâchés par la fermeture des sentiers et de différentes aires à cause de la présence des grizzlis. Vous voulez participer aux discussions ainsi qu'à la mise au point et à l'application des solutions.Haut de la page

5. Renseignements supplémentaires

Les grizzlis au parc national Banff

Accès restreint

Étude des ours dans le parc national Banff
Il y a deux façons d’étudier les ours : la radiotélémétrie et le prélèvement des poils. La première, qui est la plus employée, consiste à capturer un ours, à lui faire porter un collier avec émetteur radio à ondes métriques (VHF) ou avec système mondial de positionnement (GPS) et à le suivre à l’aide d’un équipement au sol ou dans les airs. Cette méthode est celle qui fournit le plus de précisions sur les mouvements et l’activité des ours. Grâce aux récepteurs radio, les ours sont suivis 24 heures par jour et 7 jours par semaine, ce qui permet de très bien comprendre leurs activités et leurs interactions avec les humains, les infrastructures et les autres ours. Cette information donne une meilleure idée de la santé de la population de grizzlis et de déterminer s’il convient de gérer l’activité humaine. Les colliers GPS sont une nouvelle technologie. Les données qu’ils produisent permettent de situer plus précisément les animaux, mais sont plus limitatives que celles du VHF, puisqu’elles doivent être téléchargées depuis les colliers (généralement tous les quatre mois) avant d’être analysées. Ils fournissent le même genre d’informations que les colliers VHF, mais à une fréquence moindre. La radiotélémétrie indique en outre si un ours est vivant ou mort, ce qui est utile, puisqu’il importe de comprendre pourquoi un ours est mort pour se faire une idée de la santé de la population. La radiotélémétrie permet de réagir immédiatement au signal de mortalité transmis par le collier, afin de déterminer le lieu et la cause de la mort. Mais cette méthode est coûteuse et nécessite un contact physique avec l’ours.

Le prélèvement de poils est une nouvelle technique conçue pour moins perturber l’ours tout en livrant une précieuse information sur l’état d’une population. Il s’agit de fixer un segment de fil barbelé à environ 0,5 mètre du sol sur des arbres formant un cercle ou un quadrilatère autour d’un appât odoriférant. En s’approchant de l’appât, les ours passent tout près du fil barbelé. Quelques poils restent accrochés aux fils. On recueille ces échantillons et on analyse l’ADN qu’ils contiennent, afin d’identifier les individus et de déterminer leurs interrelations. Cette méthode renseigne sur le statut de la population, mais elle ne fournit pas d’informations sur le mouvement des ours ni sur les relations entre leurs activités et l’activité humaine ou la mortalité des ours.


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Dernière mise à jour : 2009-08-20 Haut de la page
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