Le bécasseau maubèche de la sous-espèce rufa est un oiseau de rivage en voie de disparition. Il niche dans l’Arctique canadien en juin. Il parcourt ensuite des milliers de kilomètres pour hiverner soit au Brésil, lors de sa première année de vie, soit en Argentine, une fois adulte. Véritable marathonien, il se promène d’un bout à l’autre de la planète.
La population du bécasseau maubèche rufa a chuté de plus de 70 % depuis l’an 2000! Pour obtenir plus d’informations au sujet de la population, des chercheurs des quatre coins des Amériques ont uni leurs efforts pour étudier cet oiseau exceptionnel et trouver des réponses à leurs questions. Ils suivent le bécasseau maubèche rufa sur la côte atlantique : en Argentine, au Brésil, aux États-Unis, au Canada et, même dans l’Arctique canadien ! Ils utilisent la méthode de capture-marquage-recapture pour étudier la taille de la population du bécasseau maubèche rufa.
Lors de sa migration vers le sud, le bécasseau maubèche rufa effectue un arrêt à la réserve de parc national du Canada de l’Archipel-de-Mingan (RPNCAM). Il s’arrête 2 à 3 semaines dans l’archipel pour se reposer et se nourrir avant d’entreprendre une longue migration jusqu’à la pointe sud de l’Argentine. Pour les adultes, ce voyage peut représenter plus de 10 000 km ! Six jours de vol continu sans se nourrir ni se reposer !
Les études effectuées entre 2005 et 2010 ont démontré que l’archipel de Mingan est une halte migratoire très importante pour plusieurs espèces d’oiseaux. C’est le seul endroit en Amérique du Nord où il est possible d’observer de jeunes bécasseaux maubèches rufa nés en Arctique. Chaque année, les chercheurs obtiennent une idée de la croissance ou de la décroissance de la population en évaluant le nombre de jeunes bécasseaux maubèches rufa ayant survécu aux conditions arides de l’Arctique. Cette recherche scientifique prouve bien l’importance des études menées dans l’archipel de Mingan !
Lors de sa migration de l’Argentine vers le nord, le bécasseau maubèche rufa effectue un arrêt obligatoire dans la baie du Delaware. À cet endroit, il doit doubler son poids en deux semaines seulement pour refaire ses réserves en vue de sa destination finale : l’Arctique. Pour se nourrir efficacement, il doit ingérer de grandes quantités d’œufs de limules. Cette nourriture facile à digérer est de moins en moins disponible en raison de la surpêche des limules. Même si la pêche est maintenant interdite au New Jersey, l'équilibre écologique ne sera pas rétabli avant plusieurs années. Ainsi, de nombreux bécasseaux meurent en cours de migration, faute de réserves accumulées.
Plusieurs autres perturbations naturelles et humaines sont présentes tout le long de son trajet migratoire. Heureusement, dans les aires protégées, comme celles gérées par Parcs Canada, les perturbations humaines sont minimales. La faune et la flore bénéficient d'un havre de paix procurant nourriture et tranquillité à l'abri des perturbations humaines. De plus, grâce à des efforts de sensibilisation et d’éducation du public, des efforts collectifs commencent à voir le jour afin d’améliorer la situation du bécasseau maubèche rufa.
Fiche descriptive
Genre : Calidris
Espèce : Calidris canutus
Sous-espèce : rufa
Nom commun : Bécasseau maubèche
Taille : 23 à 25 cm
Envergure : environ 54 cm
Poids : 110 à 215 g
Couleur du bec : Noir
Couleur du plumage :
À la reproduction : Gris-brun tacheté de noir sur le dos/Face, poitrine et ventre rouge brique
À l’hivernage : Gris pâle sur le dos/Face, poitrine et ventre blancs
Le bécasseau maubèche est une espèce d’oiseau de rivage qui se reproduit dans la toundra humide. On retrouve six sous-espèces, chacune correspond à une population différente : piersmai, rogersi, roselaari, rufa, islandica, canutus.
Chaque population a sa propre route migratoire :
Roselaari de l’Alaska vers la Californie et la Floride;
Rufa de l’Arctique canadien vers la Terre de Feu en Argentine, en passant par la côte est des Amériques;
Islandica de l’Arctique canadien vers l’Europe;
Canutus du nord-ouest de la Russie vers la côte ouest africaine;
Piersmai du nord-est de la Russie vers la côte ouest australienne;
Rogersi du nord-est de la Russie vers la côte est australienne et la Nouvelle-Zélande.
Début avril, le bécasseau maubèche rufa quitte l’extrémité sud de l’Argentine pour une longue migration qui le mènera vers l'Arctique canadien au début juin pour se reproduire.
Les conditions climatiques sont dures, la nourriture moins abondante, mais à cette latitude les prédateurs sont moins nombreux. C’est pour leur échapper que le bécasseau maubèche rufa effectue cette longue migration. C’est une stratégie de survie.
Les prédateurs sont : labbes sp., harfang des neiges, renard arctique, faucon pèlerin.
Les proies sont : lemmings sp., bécasseau maubèche rufa.
Les prédateurs et les proies montrent un patron de hauts et de bas qui se répète tous les 3 ou 4 ans, c’est le cycle des populations. Lorsque les lemmings sont moins abondants, les prédateurs se nourrissent d'oiseaux comme le bécasseau maubèche rufa.
Début juillet, une couvée commence à éclore.
Habituellement, les femelles adultes quittent seules vers le sud quelques jours après l’éclosion de leurs œufs. Elles évitent ainsi la migration d’oiseaux de proie qui eux migrent en même temps que les jeunes.
Elles les devanceront de quelques semaines tout au long du couloir migratoire. Les années où les conditions climatiques sont défavorables, peu d’œufs vont éclore. Sans jeunes à superviser, la plupart des mâles s’envoleront en même temps que les femelles pour une destination où la nourriture sera plus abondante.
C’est l’instinct ! Le temps de partir.
Une première halte à la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan.
La grande productivité primaire du milieu marin influence la richesse des platiers de l’archipel de Mingan. La biodiversité et l'abondance de nourriture dans l'archipel de Mingan sont importantes.
Dès leur arrivée, les bécasseaux maubèches rufa doivent passer par une période de changements physiologiques. Leurs cavités internes passent par une série de transformations. Ils doubleront leur poids initial en l’espace de deux à trois semaines, passant de 110 grammes à 220 grammes. Les parties corporelles reliées au vol (cœur et muscles) s'atrophient pour laisser la place aux parties corporelles reliées à l’alimentation (gésier, estomac, foie, intestins et muscles des pattes). Les muscles du gésier prennent une place importante pour broyer la coquille des mollusques dont les oiseaux s'alimentent. Ils se transforment en de véritables machines à engraisser.
Parmi la faune et la flore benthiques de cet archipel, les bécasseaux maubèches rufa trouvent ce qu'il leur faut pour se nourrir et ainsi atteindre leur poids idéal en vue de la prochaine migration.
Présentation du réseau trophique :
Pour réduire le succès d’attaque des prédateurs, les jeunes apprennent l'importance de se tenir en groupe sur les vastes platiers, loin de la végétation des îles. La distribution en agrégat, tant au sol que dans les airs, est primordiale pour eux. Elle permet d’augmenter la surveillance, de tromper le prédateur et de diminuer le succès de ses attaques.
Depuis l’année 2000, la population des bécasseaux maubèches rufa a chuté de 70 %.
La population du bécasseau maubèche rufa dans les années 80 était d’environ 150 000 individus. Elle est passée de 53 000 oiseaux en 2000 à 16 000 en 2010. Les chercheurs internationaux ont uni leurs efforts pour en apprendre davantage sur cet oiseau en voie de disparition.
À l’archipel de Mingan, des chercheurs utilisent la méthode de capture-marquage-recapture pour obtenir des informations précises sur la population des bécasseaux maubèches rufa. Une fois les oiseaux capturés, on :
La couleur du drapeau sert à identifier le lieu de capture. Blanc pour le Canada, vert pour les États-Unis, orange pour l’Argentine, bleu pour le Brésil et rouge pour le Chili. Ils pourront être observés par d’autres chercheurs dans le futur, sans devoir être systématiquement capturés. On met des géolocalisateurs à certains oiseaux, avec une attention particulière aux juvéniles, dont l’écologie et les déplacements sont mal connus.
Vers la fin de leur séjour à l’archipel de Mingan, les bécasseaux maubèches rufa ont accumulé suffisamment de graisses et passent par une autre période d’atrophie qui durera environ 3 jours. Les parties reliées au vol (cœur, muscles) reprennent leur place initiale, l’oiseau devient alors une machine à voler.
Le reste du monde n’est pas comme une aire protégée. Le bécasseau maubèche rufa rencontre plusieurs obstacles lors de sa longue migration et de ses haltes. Les perturbations humaines contribuent largement à son déclin.
Plusieurs perturbations humaines proviennent du développement urbain et touristique à proximité des milieux fréquentés par le bécasseau maubèche rufa.
Ces perturbations empêchent l’oiseau de bien s’alimenter et d’accumuler des réserves qui suffiront à sa survie tout au long de sa migration.
Parmi les perturbations humaines, on retrouve plus précisément :
Mais grâce à un effort international de sensibilisation et d’éducation auprès de la population, des efforts collectifs commencent à voir le jour, afin d’améliorer la situation du bécasseau maubèche rufa.
Voici quelques perturbations naturelles :
Les géolocalisateurs ont permis aux chercheurs de découvrir que certains bécasseaux maubèches rufa peuvent parfois faire un détour de 1 000 km pour éviter une forte tempête. Avec le réchauffement climatique, les tempêtes tropicales sont non seulement plus fréquentes, mais plus fortes.
Le réchauffement climatique entraîne aussi une augmentation des précipitations, soit plus de neige en Arctique. Le bécasseau maubèche rufa a donc de la difficulté à trouver de bonnes conditions de nidification. Parfois, il lui arrive d'aller à une latitude plus élevée pour trouver les conditions favorables, mais cette nouvelle distance parcourue réduit le temps alloué à sa reproduction. D'autres années, il lui est impossible d'atteindre cette latitude et les conditions climatiques ne lui permettent pas d'assurer sa descendance.
Alors que les adultes ont tous migré vers la Terre de Feu en Argentine, les jeunes bécasseaux maubèches rufa passeront presque un an sur les côtes atlantiques du Brésil.
L’année suivante, certains adultes en route vers la Terre de Feu feront une courte escale au Brésil. Les jeunes partiront vers l’Argentine avec ces adultes.
B-95: Tudo bom? (Ça va?)
DC-3: Estou numa boa ! (Je vais bien !)
B-95: He he he.
DC-3: Et vous, quoi de neuf?
B-95: On vient d’éviter deux tempêtes. Ça fait de longs vols. Mais bon, j’en ai vu d’autres.
DC-3: Puis la Terre de Feu, c’est comme Mingan?
B-95: Ha ! C’est pas une aire protégée. T’as besoin de bons réflexes en Argentine. Y’a plus de perturbations humaines pour nous déranger.
DC-3: Encore eux?
B-95: Hey oui ! Tu sais, notre population ne cesse de diminuer et ils ont même proposé que notre espèce soit identifiée comme étant en voie de disparition ! L’Argentine, c’est le seul endroit de notre parcours migratoire où on se retrouve tous ensemble. C’est plus facile pour nous compter et évaluer la taille de notre population ! Tout ce qu’on apprend sur toi servira à tous les chercheurs, peu importe où tu seras.
(Exclamations provenant des chercheurs : Oh !)
DC-3: Qu’est-ce qu’ils ont?
B-95: Je suis un des plus vieux ! Grâce à mon drapeau, ils me suivent depuis dix-sept ans. J’ai déjà parcouru plus de 500 000 km. C’est plus que la distance Terre-Lune ça !
DC-3: Wow !
Dans la baie du Delaware, des chercheurs ont trouvé un lien étroit entre le bécasseau maubèche rufa et la limule, un arthropode préhistorique.
Les œufs de limule sont une source de nourriture très importante. Sans coquille à broyer, ces œufs lui permettent d’engraisser plus rapidement, mais la surpêche des limules au courant des années 90 a fait diminuer la quantité d’œufs disponibles.
Le nombre d’œufs de limules par mètre carré est passé de 33 000 œufs/m2 en 1985 à 3 000 œufs/m2 en 2005 tandis que la population de bécasseaux maubèches rufa est passée de 100 000 à 17 000 individus.
On a interdit leur récolte au New Jersey à partir de 2007. Sans nouveaux obstacles, le rétablissement de leur population se fera progressivement. Or, les limules mettent 10 ans avant de pouvoir pondre des œufs.
Début juin, les bécasseaux maubèches rufa arrivent en Arctique canadien pour la reproduction. Ils s’alimentent de graines et de pousses d’herbes en attendant des températures plus clémentes qui coïncideront avec l’arrivée des insectes et des araignées.
Les années où les conditions climatiques sont favorables, les bécasseaux maubèches rufa trouvent des sites sans neige de la bonne taille pour faire leur nid et pour se camoufler adéquatement.
Dès que la femelle pond les œufs, le mâle et la femelle se relaient pour la couvée pendant 22 jours.
L'éclosion des œufs est facilitée et coïncide avec l'émergence des insectes dont les jeunes peuvent se nourrir avant leur départ.
Dès que les jeunes commencent à voler, la majorité des mâles quitte l’Arctique pour l’archipel de Mingan. Quelques mâles resteront avec les jeunes, une à trois semaines de plus, afin de les accompagner dans leur première migration.
Dans les aires protégées comme celles gérées par Parcs Canada, les perturbations humaines sont minimales. La faune et la flore bénéficient d'un havre de paix leur procurant nourriture et tranquillité à l'abri des perturbations humaines.
De plus, les travaux effectués ici font partie d’efforts internationaux de recherche permettant de mieux comprendre l'écologie de ce brave petit oiseau. D’ailleurs, l’archipel de Mingan est le seul endroit dans tout le parcours migratoire du bécasseau maubèche rufa où le volet d’évaluation du succès de reproduction peut être effectué.
Chaque fois que l'on observe le drapeau d’un oiseau à la lunette d’approche, on retourne dans les archives pour connaître le sexe de l’oiseau.
Lorsque les mâles et les femelles arrivent en même temps à l'archipel de Mingan, c’est l’indice d’une mauvaise année de reproduction.
Par contre, lorsque les femelles arrivent en premier à l’archipel de Mingan et que la majorité des mâles suivent trois semaines plus tard, le succès reproducteur s’avère excellent.
Une telle situation donne l'espoir de voir la population de bécasseaux maubèches rufa se rétablir un jour !
Diminution du volume ou du poids d'un organe, d’un tissu ou d’une cellule.
Grandes régions de la planète se distinguant par leur climat, leur faune et leur végétation.
Suite d’organismes vivants dans laquelle chacun s’alimente de celui qui le précède.
Ensemble de populations d’espèces différentes partageant le même milieu de vie (habitat).
Relation s’établissant entre des êtres vivants qui luttent pour une ressource du milieu. Cette compétition peut être :
Organismes hétérotrophes se nourrissant d’autres organismes vivants ou de leurs produits. Les consommateurs peuvent être :
Schéma démontrant l’ensemble des périodes d’augmentation et de diminution de la taille d’une population. Ces périodes sont d’une durée fixe et se répètent continuellement.
Organismes se nourrissant des déchets et des cadavres d’autres organismes vivants. Ils décomposent la matière organique en matière inorganique et la retournent dans l’écosystème. Ils sont ainsi responsables du recyclage chimique.
Nombre d’individus par unité d’aire ou par unité de volume.
Façon dont sont répartis les individus d’une population dans un espace déterminé. Il existe trois principaux modes de distribution d’une population : en agrégats, uniforme et aléatoire.
Ensemble d’organismes vivants interagissant entre eux et avec les éléments non vivants du milieu qu’ils occupent.
Ensemble d’individus possédant des caractéristiques communes et pouvant se reproduire entre eux pour engendrer des individus pouvant également se reproduire entre eux.
Permet de connaître l’évolution de diverses espèces et de déterminer si une espèce se porte bien ou si elle est en déclin.
Éléments du milieu pouvant avoir un effet sur les êtres qui y habitent. Ils peuvent être :
Appareil enregistrant des données sur le trajet de l'oiseau. Les données sont récupérées et lues lorsque l'oiseau est recapturé.
Milieu fréquenté par une espèce et qui offre les conditions nécessaires à sa survie.
Jeunes oiseaux immatures.
Phénomène causé par la croissance anormale de plancton dinoflagellé toxique qui donne à l'eau de mer une couleur rouge. La toxine sécrétée peut tuer les animaux en passant d'un niveau trophique à l'autre lors de l'alimentation.
Position qu’occupe chaque organisme vivant dans une chaîne alimentaire. On retrouve trois niveaux trophiques : les producteurs, les consommateurs et les décomposeurs.
Événement causant des dommages à un écosystème. Il peut entraîner l’élimination de certains organismes et modifier la disponibilité des ressources.
Ensemble d’individus d’une même espèce vivant ensemble dans un espace commun à un moment précis et qui interagissent ensemble pour la reproduction. Trois caractéristiques importantes décrivent une population : sa taille, sa densité et sa distribution.
Relation au cours de laquelle un être vivant, nommé prédateur, se nourrit d’un autre être vivant, nommé proie.
Organismes autotrophes (plantes, algues et certaines bactéries) d’un écosystème capables de créer de la matière organique à partir de matière inorganique. Ils sont à la base de la chaîne alimentaire et font entrer l’énergie dans l’écosystème.
Phénomène naturel permettant, grâce à l’action des décomposeurs, de remettre en circulation de la matière inorganique dans un écosystème à partir de la matière organique. La matière passe d’un état à un autre, mais reste toujours en circulation dans l’écosystème.
Liens de nature alimentaire existant entre les organismes vivants d’un écosystème.
Schéma illustrant les relations trophiques (chaînes alimentaires) qui peuvent exister dans un écosystème.
Groupe d’individus isolé des autres groupes de la même espèce. Cet isolement peut être géographique, écologique ou anatomique. Les individus d’une sous-espèce donnée pourraient se reproduire avec les individus d’une autre sous-espèce, mais ils ne le font pas en raison de leur isolement.
Nombre d’individus composant une population. Quatre facteurs expliquent les variations de la taille d’une population: la natalité, la mortalité, l’immigration et l’émigration.